Convergence 23 juillet 2026
Introduction
L’estime de soi, fondement de la confiance en soi et de
l’affirmation de soi
L’estime de soi prend racine dans l’enfance, dans le regard posé sur nous, puis se façonne au fil des expériences. Être valorisé, reconnu et encouragé a contribué à forger le sentiment de notre valeur intrinsèque.
Une saine estime de soi repose sur deux piliers: se savoir digne d’amour et se sentir capable de faire face à la vie. La première dimension nourrit l’amour de soi; la seconde alimente la confiance en soi. Et de cette alliance naît l’affirmation de soi. Car comment s’affirmer sans croire que l’on a de la valeur? Comment oser prendre sa place sans se sentir capable? L’estime de soi est un état d’esprit positif envers soi-même
On pourrait comparer l’estime de soi aux racines d’un arbre. Plus elles sont profondes, plus le tronc – la confiance en soi – est solide. Et plus l’arbre peut déployer ses branches vers le ciel: c’est l’affirmation de soi, visible et assumée.
Prenons l’exemple d’une personne en réunion qui n’ose jamais exprimer son opinion. Si elle doute de sa valeur, elle se taira. Si elle cultive son estime, elle gagnera en confiance et pourra dire calmement: "Voici ce que je pense." Sans arrogance, sans agressivité, simplement avec respect pour elle-même et pour les autres.
L’estime de soi n’est ni prétention ni égoïsme. Elle est le respect que l’on se porte. Elle permet d’être avec les autres sans se sentir menacé, d’exister sans écraser. Lorsque l’idéal du Moi reste réaliste et aligné avec notre nature profonde, il devient moteur de croissance plutôt que source d’impuissance.
Ainsi, estime de soi, confiance en soi et affirmation de soi forment un même mouvement intérieur: se reconnaître, se faire confiance et oser être pleinement soi.
GUILLAUME LEROUTIER
Directeur du CQPNL
Le phénomène de la résonance en relation d’aide
Par Guillaume Leroutier
Le concept de résonance, développé par le psychiatre et thérapeute familial Mony Elkaïm, constitue l'une des contributions majeures de l'approche systémique contemporaine. Il permet de comprendre pourquoi certaines situations en relation d’aide touchent particulièrement l’intervenant et comment ses réactions peuvent devenir des ressources plutôt que des obstacles. La résonance dépasse les notions classiques de transfert et de contre-transfert en inscrivant les émotions et les interactions dans un cadre relationnel plus large.
Pour Elkaïm, la résonance désigne le processus par lequel les croyances, les émotions et les modes relationnels de l'intervenant entrent en écho avec ceux des personnes qu'il accompagne. Cet écho ne résulte pas d'une simple identification psychologique, mais de la rencontre entre deux systèmes: celui de l’intervenant et celui de la famille, du couple ou de l'individu. Chacun possède une histoire, des valeurs, des expériences et des "constructions du monde" qui influencent la manière de percevoir et d'interpréter la réalité.
Contrairement à une vision où l’intervenant serait un observateur neutre, Elkaïm affirme que celui-ci est inévitablement co-acteur du processus. Ses réactions émotionnelles, ses hésitations, son enthousiasme ou son inconfort ne sont pas des erreurs à éliminer mais des informations précieuses sur la dynamique en cours. La question essentielle n'est donc pas: Pourquoi suis-je affecté?, mais plutôt: Que m'apprennent ces émotions sur le système relationnel dans lequel je suis impliqué?
Cette conception s'inscrit dans le courant de la cybernétique de second ordre, selon laquelle l'observateur fait partie du système qu'il observe. L’intervenant influence la famille autant qu'il est influencé par elle. La résonance devient ainsi un phénomène de co-construction, où chacun participe à la création du contexte de relation d’aide.
Un élément central de la pensée d'Elkaïm est la notion de programme officiel et de construction du monde. Les personnes développent, au fil de leur histoire, des croyances profondes sur elles-mêmes, les autres et les relations. Certaines expériences viennent confirmer ces croyances, même lorsqu'elles sont douloureuses. Les interactions familiales tendent alors à maintenir un équilibre qui valide ces représentations. L’intervenant peut, lui aussi, posséder des croyances similaires ou complémentaires. Lorsque celles-ci entrent en résonance avec celles de la famille ou de l’individu qu’il accompagne, certaines situations deviennent particulièrement chargées émotionnellement.
Par exemple, un intervenant ayant appris qu'il devait toujours sauver les autres peut ressentir une forte pression face à un individu exprimant son impuissance. Cette résonance risque de le pousser à intervenir de manière excessive, renforçant involontairement sa dépendance. En prenant conscience de cette réaction, il peut au contraire utiliser cette information pour mieux comprendre ce qui se joue dans la relation et retrouver une position plus ajustée.
La résonance possède donc une double fonction. Lorsqu'elle demeure inconsciente, elle peut enfermer le thérapeute dans des réponses répétitives qui maintiennent les difficultés. Lorsqu'elle est reconnue et élaborée, elle devient un puissant outil clinique, permettant d'accéder aux logiques invisibles qui organisent les interactions. Les émotions de l’intervenant deviennent alors des indicateurs du fonctionnement du système plutôt que des obstacles.
Le concept de résonance invite également à dépasser l'idée d'une causalité linéaire. Les difficultés ne sont pas attribuées à un individu mais comprises comme le produit d'interactions circulaires entre plusieurs personnes, auxquelles l’intervenant participe temporairement. Cette approche favorise une posture d'humilité, de curiosité et de créativité. L’intervenant cesse de chercher la "bonne interprétation" pour explorer les multiples significations possibles des échanges.
Enfin, la résonance contribue à instaurer une relation d’aide plus authentique. L’intervenant ne prétend pas être extérieur à la situation; il accepte que sa propre subjectivité fasse partie du processus, tout en développant la capacité de l'observer et de la mettre au service du changement. Cette attitude ouvre un espace où patients et intervenants peuvent construire ensemble de nouvelles possibilités relationnelles.
En résumé, la résonance selon Mony Elkaïm est un concept fondamental de l’approche systémique qui décrit les échos émotionnels et cognitifs entre l’intervenant et les personnes qu'il accompagne. Les réactions du professionnel ne sont ni des interférences ni des signes d'incompétence, mais des sources d'information permettant de comprendre les dynamiques relationnelles. À condition d'être reconnue, réfléchie et travaillée, la résonance devient un puissant moteur de compréhension, d'ajustement et de changement.







